
Le reportage, en version intégrale
34 35 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 Quel est le lien entre l’entreprise agricole et le big data ? Bientôt, une sonde miniature pourra être incorporée dans chaque semence de maïs et l’on pourra suivre la croissance d’une plante en temps réel. Des sondes placées à intervalles réguliers dans un champ fournissent déjà des données en continu. Cette information peut donner un aperçu exact de la quantité d’azote ou d’eau disponible pour les récoltes, d’un début d’infestation d’insectes ou de maladie dans une parcelle précise.
Le producteur pourra y remédier en envoyant un drone pulvériser un produit foliaire approprié à un endroit précis sans avoir à traiter tout le champ. Chaque ferme va produire une quantité phénoménale de données ! C’est le point de départ du big data. Ces données émises par chaque entreprise agricole auront une valeur pour qui saura les digérer de façon utile pour le producteur ou la société en général.
Le big data va lui fournir l’information nécessaire pour prendre des décisions économiques cruciales et accroître sa productivité à la ferme, tout en améliorant la qualité des cours d’eau et de l’air. Le big data a donc aussi des effets bénéfiques pour la société dans son ensemble ? Les données émises par mon entreprise, par exemple sur la séquestration de carbone et l’émission d’oxygène d’une culture, pourraient être additionnées à celles de mes voisins. Cette information a une valeur potentielle pour améliorer la qualité de l’air dans la région de Montréal ou de Chicago.
En Australie, sur la base de cette information, le gouvernement paie les producteurs dont les cultures sont situées dans le périmètre des centrales d’électricité qui carburent au charbon. Idem pour les cours d’eau ? Si j’ai installé des sondes dans le sol près des cours d’eau de ma ferme, je connaîtrai la concentration d’azote lessivé. Je saurai si je suis un pollueur ou, au contraire, un bon gardien de l’environnement.
Je pourrai corriger ma gestion en gardant l’azote sur ma terre et réaliser des économies tout en augmentant ma productivité. Si on comptabilise l’information de nombreuses fermes et qu’on la transmet à des agences gouvernemen - tales, celles-ci pourraient instaurer des programmes visant à récompenser les bonnes pratiques, par une réduction des impôts fonciers, par exemple. Sujet sensible : à qui appartiennent ces données ? Je crois que les données appartiennent à ceux qui les produisent.
Les tribunaux, tant aux États-Unis qu’au Canada, ont statué que, dans le cas de Monsanto par exemple, la loi lui reconnaît la propriété de son brevet et de sa technologie ainsi que de l’information que celle-ci génère. Mais la plupart des gens croient que l’information qu’un producteur recueille sur les rendements agronomiques de sa récolte lui appartient. L’information générée par une entreprise agricole aurait-elle une valeur financière ? Si John Deere obtient de l’information sur la performance de mon tracteur ou de ma moissonneuse, cette information peut m’aider à gérer ma machinerie et à prévenir une panne, par exemple.
Mais John Deere pourrait souhaiter acheter mon information pour l’agréger et mettre au point une meilleure série de tracteurs ou de moissonneuses. Les vendeurs d’équipements comme les semenciers peuvent récompenser leurs clients pour leur loyauté, un peu comme le font les compagnies aériennes pour les passagers qui Dans une entrevue exclusive, le doyen du Collège des sciences de l’agriculture, de la consommation et de l’environnement (Université d’État du Nouveau-Mexique) nous explique la révolution du big data. Coopérateur / Comment le big data va-t-il changer la planète agricole ?
Lowell Catlett / Un des inventeurs d’Internet a dit qu’il avait été plus facile de créer cet outil que de prévoir son utilisation. Qui aurait pu prédire que cette plateforme, mise au point par la Défense nationale et les laboratoires de sécurité américains pour communiquer entre eux, changerait notre façon d’acheter, de nous informer et même de nous marier ? Internet a révolutionné notre façon de communiquer. C’est la même chose avec le big data dans le domaine agricole.
On en est au stade de balbutiements. Cette information va nous catapulter à un niveau sans précédent de gestion de la santé et de la mise en marché des troupeaux et des récoltes. LES PRÉDICTIONS DE LOWELL CATLETT, GOUROU DU BIG DATA Le big data va nous fournir l’information nécessaire pour prendre des décisions économiques cruciales et accroître notre productivité à la ferme, tout en améliorant la qualité des cours d’eau et de l’air. ILLUSTRATION : INGIMAGES BIG DATA DÉFIS ET POTENTIEL D’UN GISEMENT D’OR L’AGRICULTURE DE PRÉCISION EST PRÉCURSEURE D’UNE EXPLOSION DE DONNÉES PRODUITES PAR DES CAPTEURS INSTALLÉS SUR LES TRACTEURS, SEMOIRS, MOISSONNEUSES-BATTEUSES, ROBOTS DE TRAITE, DANS LE SOL OU DANS L’AIR.
L’ADDITION DE CES DONNÉES PRODUITES PAR CHAQUE ENTREPRISE AGRICOLE FOURNIT ENSUITE UNE AUTRE MASSE D’INFORMATION. SI L’ON AJOUTE À CELA LES FLUX D’INFORMATION SUR LE CLIMAT, LES STOCKS ET LES PRIX MONDIAUX, ON PEUT ENTREVOIR LE FORMIDABLE POTENTIEL DU BIG DATA (OU « MÉGADONNÉES », COMME ON LES DÉSIGNE DE PLUS EN PLUS SOUVENT). ET QUI DIT INFORMATION DIT POUVOIR! DÉJÀ, DE GRANDS ACTEURS COMME MONSANTO, JOHN DEERE ET DUPONT PIONEER, EN ÉCHANGE DES DONNÉES DES AGRICULTEURS, INVESTISSENT LE CHAMP DES SERVICES-CONSEILS.
MAIS QUI EST PROPRIÉTAIRE DES DONNÉES GÉNÉRÉES À LA FERME? LES COOPÉRATIVES SE PRÉPARENT-ELLES AU BIG DATA? TEXTE DE NICOLAS MESLY | AFFAIRES AGRICOLES 36 37 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 utilisent régulièrement leurs services. Cela peut se traduire par le remplacement d’une pièce à un coût moindre.
Cet échange de services est un domaine tout à fait nouveau et reste à défricher. Ne craignez-vous pas que l’information sur l’état des récoltes en temps réel envoyée par des milliers de moissonneuses-batteuses ne puisse permettre à une entreprise ou à un fonds commun de placement de spéculer sur le marché des denrées de base, et ce, bien avant la publication des rapports du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) ou d’Agriculture Canada ? Vous devez avoir des garde-fous pour prévenir l’utilisation de ces données à des fins spéculatives.
Que Monsanto ou John Deere ait accès à cette information, celle-ci ne sera jamais que locale. Il y a plein de moissonneuses vertes, mais aussi des rouges et des bleues. Peut-être qu’une entreprise pourrait influencer un marché local. Mais les positions des grands acteurs dans les Bourses de Chicago ou de Winnipeg sont extrêmement surveillées.
Et nos agences de règlementation des marchés détecteraient rapidement un comportement pas catholique. Le big data sonne-t-il la fin des rapports sur le marché des produits de base de l’USDA ou de Statistique Canada ? Par exemple, tant aux États-Unis qu’au Canada, le prix du bœuf n’est plus déterminé dans des encans publics. Les bêtes ne foulent plus le sol, mais sont vendues par vidéo lors de transactions privées.
L’information sur les prix des produits de base provient de plus en plus du secteur privé. Et les organismes des deux pays vont devoir produire des rapports à partir de big data qui devront avoir une plus-value pour les agriculteurs. À mon avis, le big data va permettre aux gouvernements fédéral ou provinciaux d’élaborer des programmes utiles à la protection des cours d’eau, de l’air et d’écosystèmes liés à la production d’aliments. Et de payer les producteurs en fonction de leurs services écologiques.
Autre inquiétude des producteurs : la sécurité des données – la venue, par exemple, d’un nouveau Edward Snowden… Je ne sais pas comment prévenir le piratage des données. Avant l’apparition des cartes de crédit, personne ne songeait au vol d’identité. Les entreprises qui vont être en mesure de bien protéger vos données et votre identité vont certainement faire un argent fou. LE GROUPE COOPÉRATIF FRANÇAIS INVIVO SE LANCE DANS LE BIG DATA Le big data est au cœur de la stratégie du groupe coopératif agricole InVivo, qui entend doubler son chiffre d’affaires pour le faire passer de 8,5 à 17 milliards $ CA d’ici 2025.
InVivo a l’ambition de devenir le champion européen du big data en fusionnant les données de ses 223 coopératives membres (300 000 agriculteurs). Le groupe prévoit investir entre 14 et 42 millions $ CA dans la recherche de programmes et d’applications d’ici trois à cinq ans, rapporte le journal Les Échos. Les grandes puissances agricoles, telles que la France et les États-Unis, planchent sur l’agriculture de précision. Celle-ci permet d’appliquer les bonnes doses d’engrais et de pesticides ou d’irriguer les récoltes au bon moment.
Grâce à l’observation satellitaire et aux données émises par de minuscules sondes installées sur les moissonneusesbatteuses, tracteurs ou semoirs, l’agriculteur peut maintenant gérer son entreprise en temps réel à partir d’une application installée sur son téléphone intelligent. Si l’on ajoute à cela l’analyse du climat, des stocks et des prix mondiaux, on peut entrevoir le formidable potentiel du big data. « Pour le moment, le big data ressemble à une soupe aux pois dans laquelle il est difficile d’isoler l’information utile », avertit Nicolas Tremblay, chercheur scientifique à la station de Saint-Jean-sur-Richelieu d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.
Le big data est tel que l’on a peine à trouver des unités pour peser cette masse d’information virtuelle. L’énorme défi va justement consister à digérer le big data pour le rendre utile à l’agriculteur, soutient le chercheur, spécialiste en régie et en nutrition des cultures. Selon lui, il est relativement facile de calculer le taux optimal de consommation de carburant d’un tracteur en tenant compte de la vitesse, du poids des engins tractés et du type de sol. Mais il en va autrement quand on veut appliquer la dose optimale d’azote, par exemple, au bon moment et au bon endroit.
« On tombe dans un système biologique complexe, dit-il. Ça fait intervenir un processus de minéralisation de l’azote dans le sol, de lessivage, d’évaporation, qui contribue à l’émission de GES, selon la température et l’ensoleil lement. » Aussi, les cartes de recommandations d’application d’engrais ne peuvent être fondées sur les seuls rendements d’une ou deux années. Elles doivent inclure les données saisonnières récoltées sur une longue période de temps, car les taux recommandés varieront en fonction d’une saison sèche ou pluvieuse.
Mais la venue de capteurs lilliputiens, insérés dans chaque semence de maïs ou de soya, ne va-t-elle pas permettre de suivre les besoins en eau ou en engrais de chaque plante ? Et le mariage des données météorologiques avec les données agronomiques en temps réel ne va-t-il pas permettre à la magie d’opérer ? Mais en pratique, je prédis que ce n’est pas demain la veille que l’on va atteindre un tel degré de précision des recommanda - tions », soutient Nicolas Tremblay. D’après le chercheur, les producteurs ne doivent pas se laisser éblouir par les gadgets technos mis sur le marché avec l’arrivée de l’agriculture de précision.
« Il ne s’agit pas de déterminer quel est le meilleur capteur de chlorophylle, mais de mettre le doigt sur le vrai problème. » Le risque, croit-il, est de se tromper de recommandation, par exemple d’appliquer une double dose d’azote dans une partie d’un champ, alors que c’est une autre qui devrait en bénéficier. Élu en juillet 2014 à la présidence de l’International Society of Precision Agriculture (ISPA), Nicolas Tremblay croit que la science va permettre de jeter un regard critique sur la technologie et ses promesses.
L’ISPA réunit des scientifiques de 34 pays et vise à établir un protocole d’évaluation scientifique dans plusieurs domaines de l’agriculture de précision. « Il n’y a pas dix façons de faire des échantillonnages de sol pour fabriquer des cartes de recommandations d’applications d’engrais, il y en a une ou deux. Le reste, c’est de la frime ! » soutient l’expert. Véritable carrefour de connaissances, l’ISPA entend servir de baromètre aux praticiens pour qu’ils émettent des recommandations fondées sur la science.
Les experts du MAPAQ, du CRAAQ et du secteur privé ainsi que les agriculteurs vont pouvoir s’y abreuver, conclut-il. BÉMOL SUR LE BIG DATA « Pour le moment, le big data ressemble à une soupe aux pois dans laquelle il est difficile d’isoler l’information utile. » – Nicolas Tremblay La transmission des données de ma ferme à un agrégateur de big data – semencier, coop, fabricant de machinerie ou gouvernement – doit générer une plus-value pour mon entreprise. Ça doit être une situation gagnant-gagnant! PHOTOS : NICOLAS MESLY | AFFAIRES AGRICOLES 38 39 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 UNE COOPÉRATIVE TEXANE, L’INSTRUMENT CHOISI POUR GÉRER LE BIG DATA « L’industrie des données est en pleine croissance, et nous croyons que les producteurs doivent posséder et contrôler les leurs, car elles ont une valeur, particulièrement dans le secteur agricole », explique au téléphone, Dewey Hukill, président du conseil d’administration de la Grower Information Services Cooperative (GiSC).
Cet ancien éleveur de moutons à la semi-retraite cultive encore du coton, du blé et du maïs. Créée en 2012, la GiSC a comme objectif de servir de comptoir unique pour collecter, entreposer, communiquer et monnayer les données des producteurs. « L’époque du petit calepin où l’on prenait des notes est révolue. Bien que la moyenne d’âge des producteurs américains soit de 54 ans, ils se promènent avec des téléphones intelligents ou un iPad pour gérer leurs fermes ou leurs ranchs », poursuit Hukill, ancien président de l’aile texane de la puissante American Farm Bureau Federation.
Celle-ci milite, jusqu’au Capitole de Washington, pour que les données soient la propriété des agriculteurs, céréaliculteurs et éleveurs américains, et qu’ils en tirent profit. La GiSC a mis au point et breveté récemment une nouvelle plateforme pour gérer les données de ses membres, l’AgProX. Cette plateforme permettra d’entreposer les données dans un nuage privé, sorte de coffre-fort virtuel où « seul le producteur est autorisé à donner un droit d’accès à ses données à une tierce partie, par exemple son agent d’assurance récolte ou un vendeur », précise Billy Tiller, directeur du développement de la GiSC et lui-même producteur de coton.
La plateforme sera fonctionnelle au milieu de l’été 2015. Est-ce que la GiSC pourrait être à l’abri d’un hacker comme Edward Snowden ? Parmi les craintes soulevées par l’American Farm Bureau Federation, il y a le piratage de données par des groupes écologistes antipathiques aux agriculteurs. Ou encore le risque de perdre le contrôle de l’entreprise à cause de vol, par des concurrents, de données sur les coûts de production de ma ferme, des fermes de mes voisins ou de celles de la région, ce qui conférerait aux voleurs un avantage concurrentiel.
« La sécurité des données de nos membres est notre priorité », dit Billy Tiller. Selon Dewey Hukill, les producteurs membres vont retirer de nombreux bénéfices de la plateforme AgProX en tant que guichet unique pour traiter avec les entreprises agro-industrielles ou autres. « On espère aussi qu’avec la coopérative on va pouvoir générer nos propres analyses de données, par exemple sur les coûts de production ou le prix du bétail, pour être sur le même pied que les grands acteurs », dit-il. La GiSC compte pour le moment 1000 membres dans 31 États américains, dont la taille des entreprises varie de 2000 à 40 000 hectares.
Il y a un intérêt du côté canadien », poursuit Billy Tiller. L’objectif de la GiSC est de compter 20 000 membres d’ici un an et, à moyen terme, de former la coopérative de gestion du big data en Amérique du Nord. MONSANTO, JOHN DEERE ET COMPAGNIE VEULENT VOTRE BIEN Grâce au big data , les géants des affaires agricoles investissent le champ des services-conseils. Monsanto la première, sans surprise.
En achetant l’équipementier d’agriculture de précision Precision Planting, en 2012, puis Climate Corporation, une entreprise spécialisée dans la collecte et l’analyse de données climatiques, en 2013, cette dernière pour un coût de près de 1 milliard $ US, le Goliath américain voit loin. En utilisant les données fournies par les producteurs concernant leurs terres, leurs cultures et leur machinerie, et en les combinant avec de l’information de haut niveau sur la température et le climat, Monsanto pourra émettre des recommandations de semis ou d’application d’azote ou de fongicides en temps réel et d’une précision inégalée.
« En 2014, notre priorité est d’établir une base de données pour valider notre plateforme technologique », a expliqué en août dernier aux actionnaires de Monsanto David Friedberg, chef de la direction de Climate Corporation. Quelque 12 millions d’hectares (30 millions d’acres) ont été inscrits dans l’offre de service du pro - gramme Climate Basic. Mais la société vise une superficie de 20 millions d’hectares en 2015, ce qui représente près du tiers de la superficie ensemencée en maïs et en soya aux États-Unis. Grâce au mariage de l’informatique, de la biologie et de l’information, Monsanto entrevoit un marché potentiel de 20 milliards $ US.
Les sociétés états-uniennes John Deere et DuPont Pioneer de même que la cana - dienne Viterra (formée des trois anciens pools de l’Ouest canadien et acquise par la suisse Glencore pour un coût de 6,1 milliards $ en 2013) misent aussi sur le big data. Pionnier dans le domaine au pays, Financement agricole Canada (FAC) a créé le logiciel Gestionnaire de champs com - mercial à la demande de la société McCain. « Elle voulait faire des analyses fines des rendements de ses 500 producteurs de pommes de terre, selon les variétés plantées dans telle ou telle région, et avoir un outil de traçabilité depuis la ferme jusqu’à son principal client, McDonald’s », explique Matthew Van Dijk, spécialiste des produits commerciaux pour les logiciels de gestion chez FAC.
Le big data risque de révolutionner non seulement le métier d’agriculteur, mais aussi celui d’agronome, de même que les services-conseils et leurs sources. Pour en savoir plus : www.gisc.coop PHOTOS : NICOLAS MESLY Les cartes de rendement permettent aux producteurs d’affiner leur gestion des champs en choisissant des cultivars en fonction du potentiel de la terre et en appliquant des intrants à taux variable. Très bientôt, ils pourront gérer toute leur entreprise à partir d’une tablette ou d’un téléphone intelligent. | AFFAIRES AGRICOLES 20152003 2012 QUANTITÉ DE DONNÉES 40 41 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 COOPERATEUR.COOP – MAI- JUIN 2015 LA COOP FÉDÉRÉE AMORCE UN VIRAGE NUMÉRIQUE « L’époque où on allait voir le producteur pour l’informer est terminée.
On doit aujourd’hui traiter l’information pour lui offrir une valeur ajoutée afin d’aider le producteur à être plus concurrentiel », explique Sébastien Léveillé, vice-président agricole, lors de la demi-journée de réflexion dont le thème était « Le numérique : Et si demain commençait maintenant ? » L’évènement était organisé dans le cadre de l’assemblée générale annuelle de La Coop fédérée tenue le 25 février dernier. Les sources phénoménales d’information générée par l’industrie, les coopéra - tives et les fermes vont redéfinir le réseau La Coop de demain.
Et les entreprises qui ne prendront pas le virage numérique sont condamnées, explique Louis Duchesne, vice-président et directeur général du bureau de Québec de Cossette, un des quatre conférenciers venus informer les 400 participants lors de cette réflexion. Kodak, qui a tourné le dos à l’arrivée de la photo numérique, ou encore Blockbuster – et ses 8000 magasins (500 millions $ de chiffre d’affaires) –, qui n’a pas vu venir la location de films en ligne, ont disparu du paysage commercial en trois ans. Par contre, La Presse+, diffusée sur tablette numérique après 40 millions $ d’investissement en 2013, a remporté son audacieux pari, pour devenir un leader de l’information. fille de 17 ans dont les parents ne savaient pas qu’elle était enceinte.
Aussi l’utilisation de big data va-t-elle soulever des questions d’éthique, selon la conférencière. D’après Sébastien Léveillé, le big data va permettre à La Coop fédérée et à son réseau d’exprimer l’avantage coopératif à son plein potentiel, notamment auprès de la relève. Des services-conseils adaptés et la création d’outils numériques sont au cœur de la stratégie de l’entreprise pour desservir des fermes de plus en plus grosses et aux propriétaires branchés, une tendance lourde. C’est dans cette optique que le vice-président agricole envisage de faire une visite aux cousins français d’InVivo en mai prochain.
CONNAÎT UNE EXPLOSION DE DONNÉES NUMÉRIQUES Même si 76 % des producteurs agri - coles canadiens possèdent des téléphones intelligents, et presque autant des tablettes électroniques, « en mise en marché, les producteurs africains sont bien plus avancés que vous », lance Estelle Métayer, une autre conférencière. Ces derniers vendent leurs grains et achètent leurs fertilisants et autres intrants grâce à leur téléphone cellulaire. Selon l’experte, la technologie numérique encourage la mise au point par les entreprises d’une quantité d’applications de gestion à la ferme.
Dans la production porcine, par exemple, l’insertion d’une puce dans un porcelet permet de savoir si l’animal fait de la fièvre et ainsi de juguler l’éclosion d’une maladie dans le troupeau. Le jour n’est pas loin, prédit-elle, où un producteur pourrait recourir à des colonies de drones-abeilles pour fertiliser ses cultures. « Avant d’en être rendus là, il faudra peutêtre se questionner sur notre façon de produire », souffle un producteur dans la salle. L’analyse de big data permet aux entreprises de cibler les besoins des clients et même de deviner ces besoins.
« La chaîne Target a pu cibler sa clientèle de femmes enceintes avant qu’elles ne le deviennent ! » poursuit Estelle Métayer. L’entreprise a analysé les achats de ses clientes par trimestre; elle a ainsi pu noter, par exemple, la substitution d’un achat de parfum par celui de crèmes inodores ou l’achat de vêtements en coton, des produits jugés meilleurs pour la santé des poupons. Sur la base de cette information, Target a envoyé des publicités de poussettes à ces clientes. Le hic, c’est qu’elle en a envoyé également à une jeune PHOTOS : LA COOP FÉFDÉRÉE, ISTOCK PHOTO Sébastien Léveillé, vice-président agricole, lors de la demi-journée de réflexion organisée par La Coop fédérée, et dont le thème était : « Le numérique : Et si demain commençait maintenant? » | AFFAIRES AGRICOLES
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