Le peuple du maïs

Dans la Sierra Juárez de Oaxaca, Olga Luna prépare la pâte de maïs sur une pierre, puis cuit les tortillas au feu de bois. Le geste est quotidien et millénaire. Dans la mythologie zapotèque, l’humanité elle-même naît du maïs après avoir échoué à naître du bois et de la boue.

Olga et son mari Reynaldo possèdent un hectare pour nourrir leur famille. Faute de crédit, elle ne peut engager ni attelage ni semeurs. Reynaldo est parti aux États-Unis chercher l’argent nécessaire à la maison et à l’école des enfants, mais il revient sans la stabilité espérée.

L’exode sous l’ALENA

Leur histoire rejoint celle de milliers de campesinos poussés vers le nord. Sous l’ALENA, le Mexique a ouvert son marché au maïs américain, produit à grande échelle et soutenu par des aides publiques. Le grain importé fait baisser les prix sans faire disparaître les coûts qui pèsent sur les petites fermes.

Les paysans ont manifesté dans la capitale au cri de « la campagne n’en peut plus ». Ils dénoncent un libre-échange qui traite des agricultures profondément inégales comme si elles disposaient des mêmes terres, du même crédit et du même filet de sécurité.

La réforme constitutionnelle des années 1990 a aussi permis la privatisation de terres communales et d’ejidos. Le titre individuel peut servir de garantie bancaire, mais il permet aussi la vente d’un patrimoine qui protégeait les communautés. Lorsque la récolte ne paie plus, la terre devient la dernière richesse à céder.

La tortilla transgénique?

Le mouvement migratoire relie directement Oaxaca aux fermes canadiennes. Des milliers de travailleurs mexicains viennent chaque année récolter les fruits et légumes au nord du 49e parallèle. Leur travail soutient une agriculture prospère, tandis que leurs propres villages perdent une partie de leur jeunesse et de leur main-d’œuvre.

Un second conflit traverse les champs: celui du maïs hybride et transgénique dans le berceau mondial de la plante. Des grains distribués par le réseau alimentaire Diconsa ont été semés sans information claire. Des producteurs craignent que le patrimoine génétique des variétés locales soit contaminé ou remplacé.

Face à l’incertitude, Olga conserve des grains de maïs indigène, couleur de soleil couchant. Il faudra les semer tant que la famille possède encore sa parcelle. La tortilla porte ainsi le prix réel d’un système: migration, commerce, biodiversité et survie culturelle réunis dans un aliment que l’on mange chaque jour.

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